Rendez-vous avec Cremet

Qu’est ce qui apparaît ? Qu’est ce qui disparaît ? Qu’est ce qu’on voit à l’œil nu ? Qu’est ce qu’on ne voit plus mais qui pourtant a laissé des traces ? Les reliefs s’érodent, tout paysage en sait quelque-chose. Le temps file, l’eau coule, les arbres poussent, les trous se bouchent et le paysage se transforme. En attendant les Hommes vivent. Ils sont d’ailleurs souvent acteurs voire responsables de la métamorphose du monde. Parmi eux, un ligérien, natif de la commune de la Montagne en Sud-Loire, qui toute sa vie n’a cessé d’apparaître et de disparaître, soit pour aller au bout de ses idées, soit pour sauver sa peau, toujours en tous cas aux moments les plus éruptifs de l’Histoire du vingtième siècle. Jean Cremet, né en 1892, ouvrier métallurgiste communiste, militant infatigable a connu un destin hors du commun. Et c’est au récit de ce destin inouï que nous vous invitons à une balade contée en plusieurs épisodes.

Avec roublardise, cette histoire incroyable est ici racontée à travers la rencontre avec un autre personnage mystérieux : un certain Monsieur X qui connaît le destin inouï de Cremet sur le bout des doigts et qui tient à garder l’anonymat… Un récit documentaire d’une existence pleine de mystères. Apparitions, disparitions…

Rendez-vous avec Cremet. Une balade-récit de et par Cécile Delhommeau avec la complicité d’Anthony Pouliquen. Un récit inspiré de l’ouvrage de Roger Faligot et de Rémi Kauffer : L’hermine rouge de Shanghai.

C’était en 2011, je venais d’atterrir dans le Sud-Loire et je ne connaissais encore personne. En lisant le journal, j’apprends qu’un café citoyen se tient dans le bar de l’amicale laïque de la Montagne, l’occasion de rencontrer des gens, je n’hésite pas. C’était un vendredi soir de mémoire et il n’y avait pas énormément de monde.

Mais parmi les personnes présentes, un homme a attiré mon attention. Au premier abord débonnaire mais se révélant tout à fait coriace dans l’échange, il molestait tranquillement par l’argumentation un autre homme plus consensuel qui cherchait à ménager la chèvre et le chou. Cet homme intrigant, sous ces airs de doux cinquantenaire, travailleur modèle dans je ne sais quelle entreprise ou centre de formation, semblait en savoir beaucoup plus qu’il n’y paraissait. Il semblait receler bien des ressources inavouables, comme si derrière son prénom passe-partout se cachait des événements hors du commun. De nature fort sympathique, il s’est empressé de me faire visiter l’endroit une fois le débat clos. Et là, dans la grande salle polyvalente aux murs recouverts de moquette marron, baignant dans son jus, suintant une odeur qui en disait long sur le fait qu’elle en ait vu des vertes et des pas mûres, marquée au fer rouge sur son fronton par « Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple », je suis tombée des nues. J’étais ébahie par l’atmosphère du lieu qui me donnait l’impression d’être rempli de fantômes syndicalistes, communistes, maoïstes, trotskistes et j’en passe… J’avais du dire que des salles des fêtes, j’en voyais beaucoup à cause de mon métier de conteuse mais qu’une salle de cette trempe-la, non, je n’avais jamais vu ça. Et parce que j’avais voulu tout savoir sur la fabrication de la grille au dessus de la scène, la construction du bâtiment et l’histoire ouvrière qui l’avait cimenté, notre homme avenant a fini par m’attraper par le bras, et me dire d’une voix grave : Tu as entendu parler de Jean Crémet ?

C’est allé très vite dans ma tête… Bien sûr j’ai pensé à Bruno Cremer (ne me dîtes pas que vous non plus vous n’y pensez pas!), l’acteur interprète du commissaire Maigret, mort l’année précédente en 2010 d’un cancer de la gorge… mais bon à ce moment là je n’étais plus sûr de rien… Par prudence j’ai répondu : heu non ça ne me dit rien. Et mon interlocuteur d’enchainer : Si t’es conteuse, tu dois découvrir qui est Jean Crémet. Moi ça fait des années que je m’intéresse à ce type. Tu veux savoir comment une seule et même personne peut survivre à la première guerre mondiale, participer à la guerre d’Espagne, être résistant pendant la seconde guerre mondiale, et côtoyer dans une même vie, Lénine, Hô Chi Minh, Staline, Trotsky, Malraux, Georges Orwel, être né à la Montagne et être strictement inconnu au bataillon ?!

J’ai dit oui tout de suite. Et c’est comme ça qu’après une longue enquête et de nombreux entretiens, j’ai découvert la vie passionnante de Jean Crémet. Mon informateur tenant à rester anonyme, pour des raisons que j’ignore encore, je l’appellerai donc Monsieur X.

Dès lors je vous propose de vous relater les principaux événements de la vie de Jean Crémet, ouvrier chaudronnier anarcho-syndicaliste devenu numéro 2 du Parti Communiste et bien d’autres choses encore, à travers 4 épisodes chargés de secrets, de fausses identités, et de mystérieuses disparitions… tout ça au cours d’une balade-récit. Comment vous dire… en matière de petite histoire grande histoire, je crois que c’est le pompon. Monsieur X dit de Jean Crémet : Plus qu’un roman : une histoire vraie !

Cécile Delhommeau

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